Le bâtiment de la Seigneurie

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Le village d’Andlau © Frantizek Zwardon

La commune d’Andlau est localisée au cœur des collines vosgiennes. Entourée de vignes et de forêts, cette petite ville, dominée pars ses châteaux-forts, est l’un des hauts-lieux du tourisme alsacien.

Son patrimoine artistique est riche et varié. La sculpture romane y est de premier plan, les maisons Renaissance en pierre et en pan-de-bois sont nombreuses et intéressantes, l’art du XVIIIème siècle y est particulièrement bien représenté.

Andlau doit son origine à l’abbaye de femmes fondée vers 880 par l’épouse de l’empereur Charles le Gros, sainte Richarde, fille du comte d’Alsace Erchanger. A partir de 1288, les abbesses, qui seules prononçaient des vœux, furent élevées au rang de princesses d’Empire. Les chanoinesses devaient faire preuve de seize quartiers de noblesse. Les sires d’Andlau, anciens ministériaux de l’abbaye, étaient devenus ses vassaux. L’abbesse souveraine les autorisa, en 1432, à fortifier Andlau.

village andlau automne

Vue du village en automne. Le château du Spesbourg domine le paysage

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Vue du vignoble d’Andlau et de Chapelle Saint André © Henry Parent

La Seigneurie d'Andlau


Plan de situation

Le Manoir des comtes d'Andlau

  

Qui ne connaît l’Hôtel Renaissance du XVIème siècle des comtes d’Andlau sis à côté de l’Hôtel de Ville.
En 1582, l’un des quatre fils de Frédéric d’Andlau se fit construire cet Hôtel en maçonnerie de grès avec des pignons à volutes très à la mode à la fin du XVIème siècle. Les d’Andlau, vassaux del’abbaye, possédaient plusieurs résidences dans la petite ville dont ils étaient seigneurs.

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Le rez-de-chaussée était occupé par le cellier et les magasins ; l’étage noble, par les appartements principaux ; le second étage, par les chambres et le comble, par de vastes greniers.

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Vue du cellier © Stéphane François

  Le cellier était la cave dîmière : c’est là que ceux qui dépendaient des fiefs des comtes d’Andlau venaient livrer le dixième de leur récolte en vin. 

Grande Stube - colonne sculptée - Photo ©Claude Menninger

  Aux étages subsistaient des fenêtres d’origine. Au second étage, la fenêtre double présente, à l’intérieur, une colonnette en grès munie d’un large meneau formant trumeau.

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Détail de la sculpture © Stéphane François

Carte postale de Charles Rouge représentant vraisemblablement la Grande Stube au deuxième étage de la Seigneurie

 

Vue du 1er comble côté pignon sud© Stéphane François

 

Vue du 1er comble côté pignon nord © Stéphane François

 

Vue du 2ème comble côté pignon sud © Claude Méninger

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Une tourelle abrite un bel escalier en vis à limon hélicoïdal en grès. On y pénètre par une très belle porte avec la date de 1582 et les armoiries des comtes d’Andlau (le maître d’ouvrage et son épouse), mais bûchées lors de la Révolution. Entre les deux écussons se tient une jeune femme debout tenant dans chaque main un heaume à lambrequins dont les écus sont bûchés. Certains disent que cette figure représente une « Charité ».

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Marques de tailleurs de pierre sur l’escalier © Claude Menninger

 

 

Porte de la tourelle donnant accès à l’escalier en vis © Stéphane François

 

Armoiries bûchées des comtes d’Andlau © Stéphane François

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Le Château de Charles Rouge

Pour bien des habitants de la cité de Sainte Richarde, cette demeure altière était connue sous le nom de Maison Rouge, bien que depuis quelques années elle ait reçu une dénomination qui lui sied bien : « La Seigneurie » qui commence à faire oublier le nom de Rouge.
Sur une de ses cartes postales, Charles Rouge parle du manoir qu’il occupait :

« Y a-t-il eu un Château dans la Ville d’Andlau. Grandidier en parle dans ses Œuvres inédites (Tome I). Herbig dit que l’avoué impérial de l’Abbaye y avait sa résidence. (…) A Andlau, même l’ancien manoir est décoré des armes de cette famille sur une porte magnifique reconstruite en 1580. Un écusson d’or à une croix de gueule, l’écu timbré d’un casque de tournoi ayant pour cimier un buste de roi sans bras.
Ce Stammhaus fut acheté le 27 novembre 1777 par M. Kolmann des héritiers de Joseph d’Andlau, chanoine à Haslach. C’était la ’’très haute et très noble Dame de Flaxlanden, abbesse de l’abbaye princière d’Andlau, et le très noble seigneur baron de Reichenstein’’.
Le bâtiment à côté servait de grenier à sel (Salzkasten) à la famille d’Andlau qui avait droit de gabelle. Il fut acquis le 17 janvier 1818. A cause de son bel escalier en hélice, des portes et fenêtres sculptées et des collections qu’il renferme, ce monument mériterait d’être classé comme historique ».
(Andlau, 18 octobre 1908. Charles Rouge).

M. Kolmann fut maire d’Andlau de 1791 à1793. Il hébergea deux anciennes chanoinesses que la Révolution avait chassées de leur abbaye et qui touchaient une pension de la Nation. Il s’agissait de Marie Josèphe de Reichenstein et de Marie Antoinette d’Instlingen.
M. Charles Rouge s’est retiré à Andlau en 1901 où il acquit le manoir des Andlau. Il y vécut jusqu’à sa mort survenue le 4 juillet 1916. Il avait transformé la maison en musée. Ses deux filles, célibataires, Eugénie et Antoinette, continuèrent à y vivre. A la mort d’Antoinette, en 1948, la maison fut vendue à M. Becht, industriel à Benfeld, dirigeant une usine de coton hydrophile. Les collections de M. Rouge furent vendues et beaucoup de ses papiers disparurent, furent perdus ou abandonnés au grenier. A la mort de M. Becht, son gendre René Marin-Braun hérita de la maison. Il la mit en vente mais le prix demandé étant trop lourd, elle ne trouva pas d’acquéreur. Le manoir fut en partie, et pendant quelques années, occupé par M. Arthur Kieffer, un Britannique ayant de la famille à Andlau et vivant en France depuis des années. Après sa mort, la famille Marin-Braun transforma le manoir. De l’ancienne cave dîmière, elle fit une grande et belle salle de réception pour des repas de mariage, des banquets, etc. La nouvelle dénomination était bien méritée. En2003, la famille décide d’arrêter cette activité qui occasionnait des nuisances nocturnes et la Seigneurie fut à nouveau proposer à la vente.
En 2005, la ville d’Andlau a pu acquérir « La Seigneurie », (le Département et la Région ont apporté leur soutien à l’acquisition de ce bâtiment) en vue d’y créer un Centre d’Interprétation du Patrimoine autour des gestes et des savoir-faire. « Les Ateliers de la Seigneurie » sont nés !
  

Place de la Mairie d'Andlau vers 1905 

 

 

 

Chronologie des propriétaires

    •  ? : Joseph d’Andlau, chanoine de Haslach
    • 27 septembre 1777 ( ?)  : Héritiers de Joseph d’Andlau ( ?)
    • Avant 1871  : Marie Louise Antoinette Geschwind née Kolmann
    • 11 avril 1900  : Héritiers de Marie Louise Antoinette Geshwind née Kolmann
    • 4 juillet 1901  : Marie Charles Rouge
    • 4 juillet 1916 : Mademoiselle Antoinette Rouge et Mademoiselle Eugénie Rouge(décédée le 8 février 1945)
    • 8 février 1945 : Mlle Antoinette Rouge (décédée le 31 mai 1948)
    • 31 mai 1948 : Héritiers de Mlle Antoinette Rouge (mandataire Jean Marie Joseph Rouge)
    • 29 novembre 1948 : Lucien Becht et Cie (vente immobilière du 26 novembre 1948 au prix de 1 750 000 francs + 100 000)
    • 21 avril 1934 : Façades inscrites à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques
    • 24 janvier 1946 : Inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques

(D’après le livre d’Or de la Famille Becht. Manuscrit)

 

Etat dans lequel fut acheté le château d’Andlau le 29 novembre 1948

 

« Le bâtiment et son intérieur ont été négligés… Pendant la dernière guerre (1939-1944), l’immeuble servait d’abri à la population. La toiture était touchée par beaucoup d’obus, les trois greniers étaient soufflés, et les bois de construction étaient brisés en beaucoup d’endroits… 20 000 tuiles anciennes ont du être remplacées.

Les fondations des piliers principaux au milieu de l’édifice étaient beaucoup trop faibles… le milieu du bâtiment était affaissé de 17 cm. Le premier soin était de construire de nouveaux panneaux en ciment et baisser les plafonds de 17cm, c’est-à-dire refaire tout à neuf…

Pour rendre les logis habitables, il fallait déplacer des panneaux de murs entiers et refaire le plâtrage.

J’ai construit une nouvelle cheminée de plus de 20 m de hauteur et réparé toutes les autres.

Toutes le vitres étaient brisées. Pas une seule porte n’était utilisable. Il fallait percer des murs pour donner de la lumière. »

 

(D’après le livre d’Or de la Famille Becht. Manuscrit)